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Histoire d'un leveur du nord Cantal: François Chabrier (1816 - ? )
Catégorie :
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Date de création :
01.09.2006
Dernière mise à jour :
01.09.2006
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Résumé du livre

Résumé du livre

Posté le 01.09.2006 par francoischabrier
François Chabrier de Condat (1816 - ?), un drôle de colporteur

Quel est le point commun entre nos « négociants-voyageurs » qui, jusqu’à ces dernières années, avaient l’habitude de se réunir à Bort-les-Orgues, parfois sous l’égide de personnages fort illustres, et Léon Gerbe, cet écrivain ruraliste de Champs-sur-Tarentaine décédé en 1985 ? Nullement le temps qu’il passa sur les bancs de l’école des frères de Bort avant la grande guerre. Plus certainement les étés des années 1930 qui le virent déambuler sur les chemins du canton de Condat, le pays des… marchands de toile. C’est là qu’il apprit de quelques bouches, peut-être cousues jusque là, l’histoire, l’épopée, d’un fameux faux-monnayeur, surnommé L’Etendart. De témoignage oral en enquête ou recherches, il en tira un roman paru à Paris en 1935 sous forme de feuilletons : Hurlande aux loups et qui devint, onze ans plus tard, Hurlande le rebelle.
Victime d’une erreur judiciaire, son héros s’était évadé du bagne et se cachait à la fin du second empire dans les bois qui bordent la vallée de la Rhue, Echappant à la gendarmerie grâce à la protection des habitants, il fondait, pour survivre, quelques pièces dans l’ombre protectrice de la non moins fameuse « grotte des faux-monnayeurs ».
Mais, prudence ou délicate attention, Léon Gerbe avait pris soin de changer les patronymes et les noms de lieu : Condat, Trémouille, Murat… Si l’art du roman autorise tout naturellement ce type de substitution ou de glissement, l’enquête historique ramène dans ses filets un portrait fort différent de celui du bandit au grand cœur. Froides et sans pitié, la recherche et la lecture des documents judiciaires s’opposent alors à la chaleureuse empathie.
L’Etendart était né à Condat le 26 mars 1816. Il s’appelait François Chabrier. Issu d’une modeste famille de maréchal-ferrant qui se partageait avec le gros village de Chassany sur la commune de Saint-Amandin, il partit très jeune sur les routes comme colporteur. C’était alors, durant la mauvaise saison, l’activité la plus répandue des hommes du canton de Condat-Marcenat. Le berceau donc des marchands de toile. Ce qu’on a appelé plus tard « le triangle d’or » (Condat-Allanche-Riom). Nous revoilà donc au point de départ ou plutôt d’arrivée, d’autant que l’une des conquêtes féminines de François Chabrier était native de Bort.
Rebelle aussi François Chabrier ! Oui, si l’on veut bien considérer qu’une telle définition correspond à un individu qui fut constamment poursuivi par la justice. A vingt ans, il était déjà condamné dans la Creuse pour escroquerie. Soupçonné de vol de tissu dans l’Indre, il était ensuite emprisonné une quarantaine de jours avec ses employés. Ruiné pour avoir perdu la confiance de ses fournisseurs, il se rendit ensuite en Normandie où, selon une pratique fort répandue chez les marchands colporteurs de sa région d’origine, il s’adonna à la banqueroute frauduleuse. Le cheminement était toujours le même. Prise de contact avec des négociants, premières commandes, premiers crédits, tous parfaitement honorés. Augmentation progressive des sommes dues et coup de filet final. La bande disparaissait dans la nature, vendant à vil prix les marchandises non payées, puis se réfugiait au « pays » en écoulant les derniers coupons de tissu. Premières expériences donc en Normandie, premières condamnations aussi. François Chabrier, le chef, demeurait en fuite tandis que ses complices de Saint-Amandin, Marchastel et Condat allaient croupir plusieurs années au bagne.
Ensuite, se produisit une rencontre décisive avec un ressortissant de Landeyrat : Jean Rigaud. Sorte de « chimiste » qui avait appris à blanchir et falsifier les effets de commerce, c’était un évadé du bagne de Rochefort qui avait un lourd passé de faussaire. La bande grandit donc, multipliant les malversations. Si toutes les grandes villes de commerce (Rouen, Toulouse, Paris, Lyon, Marseille…) en furent victimes de 1846 à 1850, bien peu de poursuites aboutirent. Maintes fois condamné par contumace, François Chabrier demeurait introuvable. Après chaque affaire, il semblait se réfugier au pays, retrouvant les siens et une sorte de sécurité.
Alertés, les pouvoirs publics durcirent la surveillance qui bien qu’en 1850 la bande, composée de deux douzaines d’individus du canton de Condat, tous rassemblés à Paris, décida de fabriquer et d’écouler des faux billets de 1000 francs. L’affaire capota. Des arrestations eurent lieu, suivies d’un procès en janvier 1852. Une vingtaine de condamnations furent prononcées, certaines à perpétuité. Beaucoup périrent au bagne, d’autres en revinrent entretenant la mémoire collective, jusque dans les années 1900. Jean Rigaud, la faussaire, ne fut jamais retrouvé. François Chabrier, lui, ne fut arrêté qu’en 1855 à Avignon. Un peu par hasard car reconnu par un ancien gendarme du Cantal qui partait à la guerre de Crimée. Durant son transfèrement à Rouen, où il devait répondre de sa première condamnation par contumace, il tenta de s’évader lors de la traversée de la Lozère. Pour avoir blessé un gendarme, il écopa de dix ans de travaux forcés. Ramené ensuite en Normandie, il fut condamné à vingt ans. A Paris, ce fut la perpétuité pour l’affaire de la fausse monnaie. Enchaîné, il rejoignit le bagne de Brest (et non Rochefort comme dans le roman) à l’automne 1856…
Il s’en évadait un an plus tard avec un dénommé Papon, un Lotois de Paris condamné pour viol sur mineur. Quelques semaines plus tard, tous deux étaient dans les bois de Trémouille. Papon était arrêté par des habitants de la commune une première fois, s’évadait de la prison de Saignes et rejoignait Chabrier qu’une partie (mais non la totalité) des habitants protégeait. Le 24 janvier 1858, d’un coup de fusil, Chabrier blessait grièvement le gendarme Romain de la brigade de Champs qui avait tenté de l’arrêter au Vialard. Entraînées par le procureur et le sous-préfet de Mauriac, toutes celles de la région passèrent alors des heures à fouiller le canton de Champs. En vain. La troupe dormit à l’auberge de Larmance. En pleine nuit, trois chevaux étaient volés puis péniblement retrouvés. L’auteur du larcin n’était autre que… Chabrier qui se cachait dans la grange. Ainsi fut mise en orbite une véritable légende dont la pandore assura les frais et dont Léon Gerbe s’empara non sans quelque exagération.
Quelques jours plus tard, Papon fut arrêté par les gendarmes de Condat et reconduit à Toulon. Chabrier demeurait introuvable, si bien que les autorités emprisonnèrent tous ses proches, dont le maire de Saint-Amandin accusé d’avoir contresigné des faux passeports. Le procureur général suggéra même de remettre en liberté l’un des faussaires, le tailleur Fabre de Condat, qui, moyennant finances, eût put conduire les forces de l’ordre jusqu’au « rebelle ». Méthode que désapprouva le ministre... C’eût été reconnaître la faiblesse du régime, indiqua-t-il.
A la fin du printemps 1858, François Chabrier n’apparut plus dans les rapports de la gendarmerie ou dans les comptes rendus préfectoraux. C’est à ce moment là qu’il sort de l’histoire. Désarçonné, déçu, l’historien se trouve alors dans l’impasse. Il ne stoppe pas son enquête mais ne peut plus s’en remettre qu’à la chance. C’est aussi là qu’il retrouve les habits du ressortissant de l’Artense. Et ne peut s’empêcher de nourrir un certain regard, non dénué de sympathie, à l’endroit d’un individu qui, totalement analphabète, avait su cependant berner les plus grands négociants des places fortes commerciales de notre pays. Comme une revanche du peuple….
Christian Estève



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